Le business de fripe en France

 

La fripe est désormais chic ! La tendance s’est démocratisée en France, si bien que les boutiques – physiques et en ligne – représentent 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2018.

 

En pleine Fashion Week, Marine Serre, jeune créatrice de 27 ans, adoubée par feu Karl Lagerfeld a fait une nouvelle fois mouche. Nom de sa collection : “marée noire”. Au programme : des tenues dark issues de vêtements recyclés, souvent sourcés en fripe. A l’image de cette initiative pour le moins subversive pour un défilé de mode, le marché de la fripe attire de plus en plus de marques et de consommateurs.

 

“C’est une pratique qui existe depuis belle lurette, mais depuis quelques années, les jeunes tirent le marché à la hausse”, détaille Cécile Poignant, prospectiviste. “Plusieurs facteurs l’expliquent : la crise économique, la prise de conscience que la mode est une industrie polluante, le besoin de faire durer les choses et l’envie de s’habiller de manière moins uniforme.” Et pour cause : selon l’Institut Français de la Mode (IFM), le pourcentage de Français qui déclarent avoir acheté des vêtements d’occasion durant l’année a doublé entre 2010 et 2018, pour s’établir à 30%. “En 2019, ce devrait 40%”, ajoute Thomas Delattre, responsable études à l’FM.

 

“Une baisse de 70% du prix”
Les consommateurs sont de moins en moins enclins à payer des articles neufs chers, surtout s’ils sont de mauvaise qualité. “Les soldes sur les articles neufs ont progressé. Un article sur deux est acheté en promotion grâce à une baisse moyenne du prix de 70% par rapport au neuf”, poursuit Thomas Delattre.

 

Une volonté de payer moins cher qui a permis aux acteurs historiques de la fripe, à l’instar de Guerrisol, Freepstar ou Kiloshop, de se relancer. La chaîne Kiloshop, créée par le groupe Eureka Fripe avait fermé boutique dans le début des années 2000, “pour davantage se développer à l’international”, fait savoir Eric Ray, directeur retail et développement du groupe. Et d’ajouter : “Avec la crise de 2008, on s’est dit que ce serait bien de remettre au goût du jour le concept.” Chose promise, chose due : en 2012, la marque fait son grand retour, avec un premier magasin dans le Marais à Paris.

 

Le principe est simple : les acheteurs payent les articles au poids. Avec un jean Levi’s à 15 euros, un t-shirt à 5 euros, une jupe à 6 euros, les prix sont ultra compétitifs. Ici tout est sur cintre, les vêtements sont choisis et mis en scène grâce à un décor soigné. Exit les étales sur lesquels s’amoncellent des piles de vêtements désordonnées. La fripe de masse devient professionnelle.

 

D’autres publics chez les asso solidaires
Cette large gamme de styles diffère avec l’offre des acteurs associatifs, comme la Croix Rouge ou Emmaüs. Ces derniers proposent depuis longtemps à la vente, pour quelques euros, des vêtements de seconde main, sans présélection stylistique. Mais même ces associations ont vu un nouveau public débarquer. “Elles n’étaient pas identifiées comme des points de ventes de fripes et plutôt fréquentées par des personnes aux revenus limités”, indique Thomas Delattre. Et d’ajouter : “aujourd’hui le profil des consommateurs s’est diversifié.”

 

Pas de quoi alarmer Kiloshop : “Pour moi, ce ne sont pas des concurrents, mais des associations qui cherchent à récolter des fonds pour aider les gens. Nous, nous sommes avant tout des commerçants”, précise Eric Fay. Depuis 2012, dix Kiloshop ont ouvert en France, six en propre et quatre en franchise. Le groupe Eureka Fripe, qui détient aussi des marques de fripe et de vintage comme Kiliwatch, Culture Vintage ou Hippy Market, entend au total, ouvrir entre 25 et 30 boutiques dans l’Hexagone et à l’international d’ici à trois ans. Ce groupe historique, né dans les années 1980, prévoit cette année un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros, en croissance de 33% par rapport à 2016.

 

Seconde main ou pas, c’est la règle de l’offre et la demande qui gouverne. “Le marché évolue et tient compte de la demande, avec une nécessaire évolution du prix. Si vous achetez un vêtement sur le trottoir, c’est sur que vous allez le payer moins cher”, ajoute Cécile Poignant.

 

Lire la suite sur Les Echos…