Qwant en crise ?

Confronté ces dernières semaines à une série d’articles mettant en doute sa santé financière, sa technologie et son management, le «moteur souverain» français traverse une grave crise de confiance. Décryptage.


Quel est le problème ?
En résumé, une série d’articles a jeté le doute tout au long de l’été sur la technologie, le management et la santé financière de l’entreprise, présentée par le gouvernement comme une pépite de la French Tech.

 

Le 1er juillet, une publication d’informations confidentielles, révèle que la Caisse des dépôts et consignations, un des principaux actionnaires de Qwant, avait demandé des comptes à la startup sur les hauts salaires « indécents » versés à une vingtaine de de cadres. Elle pointe également la faiblesse du chiffre d’affaires, estimé à 3,7 millions d’euros en 2018.

 

Le 2 juillet, Le Figaro enfonce le clou [article payant], en publiant une enquête sur les difficultés financières de l’entreprise, qui s’enfoncerait dans le rouge avec 11,2 millions d’euros de pertes en 2018. Au passage, le quotidien épingle le « flou artistique » entourant certains chiffres-clés de l’entreprise. Il révèle également que Qwant « suscite de nombreux doutes au sein de l’administration » et que deux audits ont été lancés.

 

Le 2 août, Next INpact, site d’information de référence en matière de numérique, publie une longue enquête technique sur les résultats renvoyés par le moteur de Qwant. Il met notamment en évidence des résultats datés, remontant pour beaucoup à 2017, et parfois répétés en boucle jusqu’à douze fois d’affilée. Un constat qui semble accréditer la thèse de Marc Longo, un entrepreneur condamné en juin pour dénigrement pour avoir publiquement accusé Qwant, pendant des mois, de renvoyer des résultats périmés et de mentir sur sa technologie.

 

Le 7 août, Le Canard enchaîné entre dans la danse. Dans un article intitulé « Concurrencer Google ? Qwant ça veut pas », l’hebdomadaire satirique se fait l’écho des remontées anonymes des salariés de l’entreprise à leur direction. Ils y déplorent notamment des projets pensés pour l’effet d’annonce, des chiffres gonflés, une stratégie plus orientée vers la communication que vers l’utilisateur, et des problèmes récurrents de management.

 

Le 27 août, c’est au tour de Médiapart de publier une enquête [article payant] sur les « parts d’ombre » de Qwant. L’article relaie les doutes sur l’avancement technologique de l’entreprise, évoque les doutes émis en interne, mais révèle également que son président Eric Leandri a été condamné en octobre 2010 par la justice belge à 18 mois de prison pour recel d’effets de commerce volé. Il a également fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen jusqu’en 2015.

 

Le 21 septembre, Next INpact [article payant] révèle les pressions et intimidations dont a fait l’objet son actionnaire de la part d’Eric Léandri, après la publication de l’article du 6 août. Il dévoile également les témoignages d’anciens salariés faisant état d’un management toxique, basé sur la terreur, et de rapports très violents au sein de l’entreprise. Les salariés y seraient par exemple classés en volants et rampants, selon qu’ils travaillent ou non à l’étage de la direction…

 

Ces articles confirment ou renforcent des doutes préexistants. En contradiction avec l’enthousiasme officiel, Qwant a toujours suscité un certain scepticisme chez les spécialistes. Les origines de la défiance sont multiples: partenariat dissimulé avec Microsoft, ambitions démesurées, chiffres trop flatteurs, communication parfois plus axée sur les travers des géants américains que sur la qualité de ses produits…

 

A cela s’ajoute un proximité un peu suspecte avec l’Etat français, qui a parfois poussé l’entreprise à prendre des positions à contre-courant dans son propre camp, celui du respect de la vie privée et des libertés numériques. Qwant est un des rares soutiens du monde de la Tech à la directive européenne sur le droit d’auteur, poussée par la France et prévoyant le filtrage automatisé des plateformes. Cohérent, Eric Leandri s’est d’ailleurs engagé à reverser 5% des revenus web de Qwant aux producteurs de contenus.

 

Source: L’alsace