L’Afrique se met au numérique

De jeunes Africains qui innovent et font bouger les lignes dans le digital se sont rendus au Forum NxSE à La Réunion. Ils se sont confiés au Point Afrique. Leurs profils donnent à comprendre que les jeunes Africains ne s’en laissent pas compter face aux défis du numérique. Souvent mobilisés sur des questions à fort enjeu sociétal, éthique et médical,

ils symbolisent un continent qui veut se prendre en main. Le Point Afrique leur a tendu le micro.

 

Selorm Branttie, société mPedigree, Ghana :

« Nous avons marqué plus de 50 millions de boîtes de médicaments, avec une traçabilité incontournable »

 

« Mon entreprise travaille dans l’innovation de la santé. Nous avons inventé le premier système à base de SMS qui permet à n’importe qui de vérifier s’il a acheté un médicament contrefait ou pas. Tout ce qu’il faut, c’est un téléphone, le plus basique qui soit. Quand une personne achète un médicament en Afrique, le plus grave et souvent mortel problème rencontré est qu’elle risque d’acheter un médicament contrefait, donc parfois dangereux pour elle.

 

Sur chaque boîte de médicaments, nous avons placé une étiquette électronique unique à gratter et qui révèle alors un numéro unique également. Par SMS, la personne envoie ce numéro vers une base de données. En moins de 5 secondes, elle a une réponse indiquant si le médicament est original ou contrefait. Nous travaillons en étroite collaboration avec les entreprises pharmaceutiques, et l’un de nos plus gros clients est Sanofi Pasteur, notamment au Nigeria et en Égypte. Là, nous ciblons surtout les médicaments contre la malaria et certains antibiotiques.

 

Nous avons ainsi marqué plus de 50 millions de boîtes de médicaments, avec une traçabilité incontournable. Avant que ce système ne soit introduit au Nigeria, le pourcentage de faux médicaments antimalariques était de 30 %. Puis, le gouvernement a adopté notre système, et désormais, ce pourcentage est de moins de 10 %. Nous coopérons donc avec les autorités qui peuvent ainsi, grâce à nos données, démanteler les réseaux de contrefacteurs. Il y a deux ans, au Nigeria, une personne a été arrêtée avec plus de 200 000 boîtes de médicaments avec une copie de notre système. Mais ce dernier a pu en trouver la trace et remonter à ce trafiquant.

 

Nous ne pouvons plus être hackés, notre système est sécurisé. En sept ans, nous ne l’avons jamais été. Pour inciter les gens à envoyer ces SMS, nous coopérerons avec les sociétés de téléphonie pour que soient offerts des temps d’appel si le SMS est envoyé, ou alors des réductions de prix sur leurs autres appels. Cela fonctionne bien. Au-delà des médicaments, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, notre système est utilisé pour vérifier si les graines destinées aux agriculteurs sont contrefaites ou d’origine. Rien que cette semaine, au Kenya, une personne qui avait contrefait plus de 6 000 packs de graines a été arrêtée grâce à ce système.  »

 

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