Colmar, cette perle alsacienne nichée au cœur de la Route des Vins, possède une histoire fascinante qui traverse les siècles. Flâner dans ses ruelles pavées, c’est littéralement voyager dans le temps, des premières installations médiévales jusqu’à la ville moderne et dynamique d’aujourd’hui. Chaque façade colorée, chaque canal de la Petite Venise raconte une page de cette épopée urbaine exceptionnelle.
L’identité colmarienne s’est forgée au fil des conquêtes, des guerres et des périodes de prospérité. Entre influences germaniques et françaises, cette cité a su préserver son patrimoine architectural unique tout en s’adaptant aux défis contemporains. Découvrons ensemble cette métamorphose urbaine qui fait de Colmar l’une des destinations les plus prisées d’Alsace 🏰✨
Les origines médiévales de Colmar
L’histoire de Colmar débute véritablement au IXe siècle, même si des traces d’occupation remontent à l’époque carolingienne. La première mention écrite de « Columbarium » apparaît en 823 dans un document de Louis le Pieux. Ce nom évoque probablement un pigeonnier ou une villa agricole, témoignant des modestes débuts de ce qui deviendra une ville impériale.
Au XIIIe siècle, Colmar obtient le statut de ville libre d’Empire, un tournant majeur dans son développement. Cette reconnaissance lui confère des privilèges commerciaux considérables et une certaine autonomie politique. Les remparts s’élèvent, protégeant une population de marchands et d’artisans qui fait prospérer la cité. Les corporations se structurent, notamment celle des vignerons, des drapiers et des tanneurs, établissant les fondements économiques de la ville.
L’architecture médiévale qui perdure
Le quartier des Tanneurs illustre parfaitement cette époque médiévale florissante. Les maisons à colombages colorées, avec leurs toits pentus et leurs galeries en bois, servaient à faire sécher les peaux. Aujourd’hui magnifiquement restaurées, ces demeures du XIVe et XVe siècles nous plongent dans l’ambiance des corporations d’antan. La Maison Pfister, érigée en 1537 pour un chapelier de Besançon, demeure l’un des plus beaux exemples de l’architecture Renaissance alsacienne avec ses fresques murales et son oriel d’angle remarquable.
La Collégiale Saint-Martin, surnommée la cathédrale de Colmar, témoigne également de cette grandeur médiévale. Construite entre 1234 et 1365, cet édifice gothique domine le paysage urbain de ses 71 mètres de hauteur. Son portail principal orné de sculptures et ses vitraux du XIVe siècle constituent un trésor patrimonial inestimable 🌟
La Renaissance et l’âge d’or commercial
Le XVIe siècle marque l’apogée économique de Colmar. La ville compte alors environ 10 000 habitants, ce qui en fait une cité importante du Saint-Empire. Le commerce du vin d’Alsace, réputé jusqu’en Scandinavie et en Europe centrale, enrichit considérablement la bourgeoisie locale. Les négociants édifient des demeures somptueuses qui rivalisent d’élégance architecturale.
Cette prospérité s’accompagne d’un rayonnement culturel remarquable. Martin Schongauer, célèbre peintre et graveur, établit son atelier à Colmar vers 1470. Son œuvre maîtresse, la Vierge au buisson de roses (1473), conservée dans l’église des Dominicains, attire aujourd’hui encore des milliers de visiteurs. L’humanisme rhénan s’épanouit dans cette atmosphère propice aux échanges intellectuels.
Les trésors architecturaux de la Renaissance
La Maison des Têtes, construite en 1609 pour un riche marchand, symbolise parfaitement cette période faste. Sa façade est ornée de 106 têtes grotesques et mascarons, représentant des figures humaines et animales. Le pignon à volutes et l’oriel sculpté démontrent le savoir-faire des artisans colmariens. Non loin, l’Ancienne Douane (Koïfhus), datant de 1480, servait de centre économique où transitaient les marchandises soumises à taxation.
Le Quai de la Poissonnerie, avec ses maisons du XVIe siècle aux couleurs pastel se reflétant dans la Lauch, offre un spectacle enchanteur. Les pêcheurs et marchands de poissons y tenaient boutique, approvisionnant toute la ville. Cette zone, aujourd’hui appelée la Petite Venise, constitue l’un des secteurs les plus photographiés d’Alsace 📸
Les tourments des guerres et des annexions
L’histoire de Colmar bascule en 1634 lorsque les troupes suédoises s’emparent de la ville pendant la Guerre de Trente Ans. Cette période sombre voit la population décimée par la famine et les épidémies. En 1673, Colmar est rattachée à la France par Louis XIV, mettant fin à cinq siècles d’appartenance au Saint-Empire. Cette annexion transforme progressivement l’identité urbaine.
La Révolution française apporte son lot de bouleversements. Les biens ecclésiastiques sont confisqués, les églises parfois saccagées. Paradoxalement, cette période préserve indirectement le patrimoine architectural, car la municipalité révolutionnaire décide de transformer l’ancien couvent des Dominicains en bibliothèque et musée plutôt que de le détruire.
Entre France et Allemagne
Le XIXe siècle voit Colmar passer alternativement sous domination française et allemande. L’annexion de 1871, suite à la défaite française, transforme profondément la ville. Les autorités prussiennes entreprennent d’importants travaux d’urbanisme : élargissement des rues, construction de nouveaux quartiers, installation du chemin de fer. Le quartier impérial allemand, avec ses immeubles wilhelmiens, témoigne encore de cette époque.
La Première Guerre mondiale épargne relativement Colmar des destructions, mais la ville se retrouve à nouveau française en 1918. Les habitants doivent s’adapter à un changement culturel brutal après près de cinquante ans de germanisation. L’entre-deux-guerres apporte une certaine stabilité, avec le développement du tourisme et la valorisation du patrimoine alsacien.
La Seconde Guerre mondiale marque douloureusement les mémoires. Annexée de facto par le Reich nazi en 1940, Colmar subit l’incorporation forcée de ses jeunes hommes dans la Wehrmacht (les « Malgré-nous »). La libération de février 1945, après la bataille d’Alsace, laisse une ville relativement préservée mais profondément meurtrie psychologiquement 💔
La renaissance d’après-guerre
Les décennies suivant 1945 voient Colmar se reconstruire et redéfinir son identité. La réconciliation franco-allemande, symbolisée par la construction européenne, permet à la ville de valoriser sa double culture comme un atout. Le Conseil de l’Europe à Strasbourg renforce l’importance géopolitique de l’Alsace.
Dans les années 1960-1970, une prise de conscience patrimoniale émerge. Alors que de nombreuses villes françaises détruisent leurs centres anciens au nom de la modernisation, Colmar fait le choix visionnaire de préserver et restaurer son cœur historique. Des programmes de rénovation ambitieux sont lancés dans la Petite Venise et le quartier des Tanneurs.
Le tourisme comme moteur de développement
Cette politique de conservation porte ses fruits dès les années 1980. Colmar devient une destination touristique majeure, attirant plusieurs millions de visiteurs annuellement. Le Musée Unterlinden, abritant le célèbre Retable d’Issenheim de Grünewald (1512-1516), se classe parmi les musées les plus visités de France hors Paris. Cet ancien couvent du XIIIe siècle a bénéficié d’une extension ultramoderne en 2015, illustrant parfaitement la symbiose entre patrimoine et contemporanéité.
Les marchés de Noël, lancés dans les années 1990, propulsent Colmar au rang des destinations hivernales incontournables. Avec ses cinq marchés thématiques répartis dans la vieille ville, la cité attire désormais plus de deux millions de visiteurs entre novembre et décembre. L’illumination féerique des façades à colombages crée une atmosphère magique qui séduit les touristes du monde entier 🎄✨
Le Colmar contemporain
Aujourd’hui, Colmar compte environ 70 000 habitants et s’affirme comme la troisième ville d’Alsace. Son économie repose sur un équilibre entre tourisme, viticulture et industries de pointe. La zone d’activité du Parc d’innovation d’Illzach accueille des entreprises technologiques, prouvant que tradition et innovation peuvent coexister harmonieusement.
Le défi de la ville moderne consiste à préserver son caractère historique tout en répondant aux besoins d’une population contemporaine. Les projets d’urbanisme récents privilégient la mobilité douce : pistes cyclables, piétonisation du centre-ville, développement des transports en commun. Le tramway, inauguré en 2023, relie désormais le centre historique aux quartiers périphériques.
Les enjeux de la préservation patrimoniale
La gestion du patrimoine architectural représente un défi constant. Les réglementations strictes encadrant les rénovations dans le secteur sauvegardé garantissent l’authenticité des restaurations. Chaque propriétaire doit respecter des normes précises concernant les couleurs de façade, les matériaux utilisés et les techniques de construction traditionnelles.
Voici les principales mesures de protection du patrimoine colmarien :
- Secteur sauvegardé de 63 hectares créé en 1980
- Plus de 400 monuments classés ou inscrits
- Charte architecturale imposant des couleurs spécifiques pour les façades
- Obligation d’utiliser des matériaux traditionnels pour les rénovations
- Interdiction de modifications structurelles sans autorisation
- Programme municipal de subventions pour les restaurations
- Formation d’artisans spécialisés dans les techniques anciennes
Cette politique rigoureuse a permis à Colmar de figurer parmi les candidatures françaises au patrimoine mondial de l’UNESCO, reconnaissance ultime de son exceptionnelle conservation 🏛️
L’influence culturelle alsacienne
L’identité colmarienne se nourrit d’une double appartenance culturelle unique en France. La langue alsacienne, dialecte germanique, continue d’être parlée par une partie de la population, notamment les générations les plus âgées. Des initiatives associatives œuvrent pour transmettre ce patrimoine linguistique aux jeunes générations.
La gastronomie alsacienne constitue un autre pilier identitaire. Les winstubs (auberges traditionnelles) perpétuent des recettes séculaires : choucroute, baeckeoffe, flammekueche. Les vignobles environnants, classés Grands Crus d’Alsace, produisent des vins réputés mondialement. Le Riesling, le Gewurztraminer et le Pinot Gris font la fierté des viticulteurs colmariens.
Les traditions qui perdurent
Les fêtes traditionnelles rythment toujours la vie locale. La Foire aux Vins d’Alsace, organisée depuis 1948, attire chaque été plus de 300 000 visiteurs. Durant deux semaines, dégustations, concerts et animations célèbrent la culture viticole régionale. Le cortège folklorique avec ses costumes traditionnels rappelle l’attachement des Colmariens à leurs racines.
Le dialecte alsacien résonne encore dans certains quartiers populaires. Bien que le français soit devenu la langue dominante, l’alsacien représente un marqueur identitaire fort. Des écoles bilingues français-allemand proposent désormais un enseignement valorisant cette spécificité culturelle transfrontalière, préparant les jeunes à évoluer naturellement dans l’espace rhénan 🌍
FAQ sur l’histoire de Colmar
Pourquoi Colmar a-t-elle si bien préservé son architecture médiévale ?
Colmar doit sa remarquable conservation à plusieurs facteurs. La ville a été relativement épargnée par les destructions des deux guerres mondiales, ce qui a permis de conserver l’essentiel de son bâti ancien. Dès les années 1960, une politique volontariste de préservation patrimoniale a été engagée, bien avant que cela ne devienne une priorité nationale. La création d’un secteur sauvegardé en 1980 et des règles strictes de restauration ont permis de préserver et rénover authentiquement plus de 400 bâtiments historiques.
Quelle est l’origine du surnom « Petite Venise » ?
Le quartier de la Petite Venise doit son surnom aux canaux de la Lauch qui serpentent entre des maisons colorées à colombages, évoquant l’ambiance de Venise. Historiquement, ce quartier était occupé par des pêcheurs et des maraîchers qui utilisaient la rivière pour transporter leurs marchandises. Les barques faisaient partie du quotidien, et cette tradition est aujourd’hui perpétuée par des promenades touristiques sur l’eau.
Combien de fois Colmar a-t-elle changé de nationalité ?
Colmar a connu cinq grands changements de souveraineté au cours de son histoire. Elle fut d’abord ville libre du Saint-Empire romain germanique, puis devint française en 1673 sous Louis XIV. Elle passa sous domination allemande de 1871 à 1918, redevint française après la Première Guerre mondiale, fut annexée par l’Allemagne nazie de 1940 à 1945, avant de revenir définitivement à la France. Ces alternances ont façonné une identité culturelle franco-germanique unique.
Quel rôle joue le vin dans l’histoire colmarienne ?
Le vin occupe une place centrale dans l’histoire économique et culturelle de Colmar depuis le Moyen Âge. Entourée de vignobles prestigieux, la ville est considérée comme la capitale des Vins d’Alsace. Le commerce viticole a enrichi la bourgeoisie locale dès le XIVe siècle et permis la construction de nombreuses demeures Renaissance. Aujourd’hui, l’œnotourisme et la Route des Vins d’Alsace demeurent des piliers majeurs de l’attractivité et de l’économie colmariennes.



